YANG Chengfu, L’Essence du Taijiquan

Extrait de YANG Chengfu, L’Essence du Taijiquan, éd. Budo, 2012 (traduction française), extraits de Préface de Yang Chengfu, p. 39 et suivantes (propos attribués à Yang Luchan, grand-père de Yang Chengfu)

« Dans le domaine naturel, c’est seulement par le plus dur qu’on peut l’emporter sur le plus doux et pourtant, c’est seulement par le plus doux qu’on peut l’emporter sur le plus dur… Le Livre des Mutations dit : « Le dur et le doux se heurtaient l’un l’autre, les huit trigrammes se stimulent les uns les autres ». Le Livre des Documents dit : « Le réservé et le retenu sont soumis par la force, ceux qui ont une intelligence supérieure par la gentillesse. » Le Livre des Chansons dit : « Ne dévore pas le doux, ne rejette pas le dur ». S’il est vrai que tous suivent les mêmes principes dans l’application du dur et du doux, comment se fait-il que Laozi seul dit : « Dans le domaine naturel, les choses les plus douces font peu de cas des plus fermes » ? Et : « Le doux et le faible l’emportent sur le dur et le fort » ? J’étais très sceptique de tout cela…

A la fin de la dynastie des Song, le sage ZHANG Sanfeng créa la technique de Taiji de la main de coton accompagnée du commentaire : « Avec le Qi mais sans la force ; sans le Qi la dureté absolue ». N’est-ce pas singulier ? Comme je comprenais que ce concept était encore plus éloigné de la théorie de Laozi en particulier, je me suis demandé : « Mais pourquoi donc ? »

Je savais déjà que la douceur peut se passer de la force mais je n’avais jamais entendu dire qu’on pouvait se passer du Qi… Si l’on ne se sert pas du Qi, comment peut-on alors avoir de la force puis atteindre la dureté absolue ?

(…) Au cours du premier mois lunaire de 1932, je rencontrai le maître Yang Chengfu dans la maison de M. Pu Qiuzhen. Après que le vieux gentilhomme m’ait présenté, je me rendis en toute humilité chez maître Yang qui accepta de me prendre comme élève et dont les enseignements comprenaient aussi les instructions orales sur le travail interne… Et c’est à ce moment que je commençai à comprendre ce que signifiait ne pas utiliser le Qi. Sans utiliser le Qi, je suis le flux alors que l’autre va contre le flux. On n’a qu’à suivre, avant de céder doucement ! La façon dont la douceur soumet la dureté est graduelle tandis que la façon dont la dureté soumet la douceur est brutale. La brutalité est facile à détecter aussi elle peut être aisément vaincue. Il est plus difficile de ressentir la graduation qui prévaut souvent. Seule la douceur absolue peut donner la dureté absolue !

Quand j’eus atteins ce niveau, je fus en mesure de comprendre. C’était en tout point en adéquation avec les traités du sage (Zhang Sanfeng) et de Laozi et également en conformité avec le Livre des Mutations concernant la résonance du doux et du dur… »

YANG Chengfu, L’Essence du Taijiquan, éd. Budo, 2012 (traduction française), extraits de Avant-propos de Zheng Manqing, p. 33 et suivantes.

***

« Cet art que je pratique et que j’enseigne aux autres n’est pas destiné à attaquer des ennemis mais à protéger son propre corps ! S’il ne peut prétendre sauver le monde, en revanche il peut aider le pays. Les gentilshommes d’aujourd’hui (…) savent seulement que les problèmes auxquels doit faire face la nation viennent de la pauvreté mais ils ne comprennent toujours pas que la maladie de la nation c’est sa faiblesse…

(…) Le mouvement passe par le corps pour atteindre le spirituel. C’est pourquoi, sans un long entraînement, il sera difficile d’obtenir une connaissance subtile… Je ne manque pas d’élèves et pourtant, il est même difficile de dire si Banhou fait partie de ceux qui ont obtenu la maîtrise totale (…) Mais, quand la discussion porte sur le renforcement de chacun (Quang shen), un jour équivaut à un jour de bienfaits, une année à un an de résultats. Une fois qu’un enfant comprend cela, il est en mesure de réaliser mon souhait ! »

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