KLEIN Bob, L’Esprit du t’ai-chi-ch’uan

Extrait de KLEIN Bob, L’Esprit du t’ai-chi-ch’uan, éd. Alphée, 2005 (1996 pour la première édition française, 1984 pour l’édition originale en anglais).
Chapitre La Forme (I), p. 45 et suivantes :

« Aujourd’hui notre mémoire doit affronter un obstacle majeur : elle est contrôlée par le mental. Or l’époque de notre enfance appartenait à l’Esprit du Corps.

Notre mental enregistre nos souvenirs et les méthodes qui lui correspondent ne nous permettent pas d’évoquer ceux du temps où notre être intérieur dominait. Essayons de revivre notre enfance. C’est un exercice intéressant qui nous donnera une idée de la programmation dont nous avons fait l’objet, et l’envie de nous en débarrasser. Personne n’aime se sentir affaibli.

Sentir un souvenir

Pour remonter au temps de son enfance, il faut s’efforcer de « sentir ses souvenirs ». La Forme nous permet d’éprouver chaque instant d’un mouvement. Lorsque nous avons réellement intégré ces sensations, nous pouvons abandonner notre mental ; nous n’avons plus besoin de penser à nos mouvements. Nous sentons notre chemin au cœur même du mouvement.

Il se produit la même chose lorsque l’on apprend à conduire. Au début les leçons exigent une forte concentration, mais ensuite il arrive à l’élève d’oublier qu’il est en train de conduire. Quelque chose en lui agit automatiquement.

Grandir

(…) Que regarde donc un enfant, dans son innocence ? L’Esprit du Corps, qui le contrôle, assure une fonction homéostatique : il maintient l’intégrité de l’organisme au milieu des flux chimiques, énergétiques, de température… Le comportement de l’enfant résulte de ce travail d’équilibre. Lorsque l’environnement interfère avec ce processus, il en souffre. Son bien-être est lié a flot approprié des énergies et à leur équilibre (…)

L’enfant est (…) engagé dans des disciplines qui s’opposent à ses besoins homéostatiques. Il doit oublier ses besoins immédiats pour acquérir le bagage nécessaire à son bien-être futur. Le travail qu’exigent de lui ses études dépasse parfois son endurance (…)

Pour remonter à notre petite enfance, il nous faut retrouver les agressions qu’avait subies notre bien-être. L’entreprise n’est pas facile et suppose que nous acceptions l’idée que notre société, source de notre sécurité, est aussi celle de nos souffrances (…)»

Revenir en soi

Ceux qui pratiquent la Forme se déclarent souvent stupéfiés de leurs sensations intérieures. La qualité de ces dernières leur rappelle quelque chose. Cette impression leur était déjà venue, mais ils ne l’avaient pas comprise. Ils ont l’impression de redécouvrir les symboles d’un langage depuis longtemps oublié, la carte d’un trésor perdu. Ils voudraient aller plus loin.

Ils doivent d’abord se contenter d’approfondir l’expérience de ces sensations, s’y habituer, comme lorsque l’on visite un pays dont on ne connaît ni la langue ni les coutumes.

Dans le cas de la Forme, vous disposez d’un guide, de quelqu’un du pays : l’Esprit du Corps. En pratiquant le t’ai-chi, vous lui faites savoir que vous désirez le rencontrer. Alors lui aussi se met à votre recherche… jusqu’à ce que vous réalisiez qu’il n’est personne d’autre que vous-même.

Vous sentirez alors qu’en vous quelque chose semble très bien connaître le monde de l’énergie. Un dilemme va se présenter car votre mental s’avèrera impuissant à interpréter ce monde d’énergie – l’activité homéostatique. L’esprit logique n’est pas fait pour cela ; il ne sait que ce que la société lui a appris. Il n’a qu’une manière d’interpréter le monde (…)

(…) Attachez-vous à la douceur de la Forme, à votre enracinement, votre capacité à vous relier. Mettez-vous à l’écoute de votre relaxation, votre énergie intérieure… Chaque jour, ouvrez-vous un peu plus au travail qui se fait dans les profondeurs de vote corps. Votre attention quitte la pensée. Lorsque vous aurez abandonné une partie du mental et constaté que vous n’en souffrez pas, votre confiance augmentera et vous poursuivrez dans cette voie. Enfin, toute votre attention se portera sur le système d’équilibre de votre corps et sur sa relation à l’environnement.

Vous réaliserez à ce moment en regardant autour de vous que quelque chose a changé. Le monde contient un nouvel élément : il est devenu vivant. Et la certitude vous envahit soudain d’une intimité entre vous et votre environnement : votre relation à la Terre vous lie à tout ce qui vit. L’ingrédient magique qui manquait à votre monde est présent. C’est le chi, l’énergie qui vous relie à chaque chose (…)»

 

Chapitre La Forme (II), p. 63 :

« Vivre centré

(…) Nombre d’entre nous, quelle que soit leur philosophie, ont perdu leur centre, leur vérité. L’aiguille de leur boussole est tombée. Ils dépensent une énergie folle à essayer de le mouvoir dans toutes les directions, alors qu’il leur suffirait de recentrer l’aiguille… Ils se montrent nerveux, se sentent fatigués. Ils peuvent également tomber malades. Apprendre à se center vous évite beaucoup d’ennuis.

Pour parler du corps, le t’ai-chi utilise un langage qui s’adapte facilement aux niveaux émotionnel et psychologique. Un terme comme « se centrer » peut s’appliquer à tous les domaines de la vie. Les élèves, lorsqu’ils rencontrent une situation difficile, peuvent aisément adapter une technique comme la Forme ou le Pousser des mains à leur vie quotidienne. »

 

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